Journal du Mali Hommage à Bébé
Dernier stop pour « Bébé »
"Journal du Mali" par Célia d'ALMEIDA - 10/04/2013
Sur la route de Koulikoro, on avait le sourire quand on la voyait passer au volant de sa voiture. Joie de vivre, amour de son métier et liberté d’esprit, c’était Bébé, Françoise Prevost, chauffeur de
« Bébé » c’était une célébrité. De Gao à Koulikoro en passant par Djénné ou Bamako, tout le monde se souviendra d’elle comme de la seule femme chauffeur de taxi de l’histoire du Mali. Françoise Prévost a tiré sa révérence. C’est au détour d’une conversation que j’apprends le « départ » de cette grande dame. Elle était la Tantie ou la Maman de tous ceux qui la côtoyaient assez longtemps pour la connaître. «CONDUIRE, c’est la liberté » et Françoise, 61 ans, n’en manquait pas. Dans un métier encore absolument masculin, à bord de sa Peugeot 505 break diesel, huit places, elle a réussi, par son professionnalisme, à montrer que rien n’est impossible si l’on veut et qu’on s’en donne les moyens. Les touristes (du temps où ils venaient), se l’arrachaient pour les conduire découvrir le pays dogon et les plus beaux sites du Mali.
« Bébé », on la voyait au moins une fois par an à la télé. Reportage en hommage aux femmes à l'occasion du 8 mars tourné en 1998 et maintes fois passé tant l’image de cette belle dame au volant de sa voiture plait. Un véhicule offert par un couple d’amis français, avec lequel elle a bourlingué sur les routes pour balader les touristes. « C’est une femme vraiment intéressante », témoigne Koumba, qui l’a rencontrée à maintes reprises. Comme moi, elle est surprise d’apprendre le décès de celle qui était devenue une vraie star. Son titre de seule femme taxi du Mali, elle le défendait jalousement, même si elle déplore justement d’être la seule. « Les femmes doivent cesser d’être dominées, moi je conduis sûrement mieux que la plupart des hommes ! » disait-elle à un reporter en 2004.
De son défunt mari, elle a eu une fille, qui vit à Koulikoro, sa ville natale, où Bébé est propriétaire d’un hôtel, une « occupation » qu’elle avait entre deux excursions. « Je travaille beaucoup, c’est dans ma nature franco-malienne ». Son père militaire français était originaire de Longvic, en banlieue de Dijon. Mais elle n’a jamais vécu comme la métisse du coin qui a des problèmes d’identité. Elle est malienne, fière de l’être, toujours à fédérer et à pousser les gens à aller de l’avant. Elle avait même envisagé se présenter à des élections… Mais, à peine la soixantaine passée, « bébé » a décidé de tirer sa révérence. La Tantie, la Maman s’en est allée, sans bruit. Pas eu le temps de la remercier, pour son leadership, son engagement, son amour du Mali, pour son métier. Françoise est partie vers d’autres horizons. Adieu Bébé, reposes en paix.

